MANUSCRITS HÉBREUX DU NOUVEAU TESTAMENT

Évangiles Hébreux
— Matthieu, Marc, Luc, Jean

Découverte des manuscrits sépharades

À l'exception de l'Évangile de Matthieu, l'idée que les autres Évangiles ou d'autres livres du Nouveau Testament aient été initialement écrits en hébreu reste une position minoritaire parmi les érudits. Cependant, plusieurs chercheurs et théologiens ont défendu la thèse d'une rédaction originelle en hébreu ou en araméen.

Vat. Ebr. 100 4 Évangiles
Oo.1.16 & 32 Apocalypse, Jacques, Jude
Breslau 233 Marc, Luc, Jean

« Je suis convaincu que le texte grec de Marc ne peut pas avoir été rédigé directement en grec, et qu'il n'est en réalité que la traduction grecque d'un original hébreu... »

— Jean Carmignac

ÉRUDITS ET ORIGINE HÉBRAÏQUE

Des voix qui s'élèvent

À l'exception de l'Évangile de Matthieu, l'idée que les autres Évangiles ou d'autres livres du Nouveau Testament aient été initialement écrits en hébreu reste une position minoritaire parmi les érudits. La plupart s'accordent pour dire que les livres qui composent le Nouveau Testament ont été écrits en grec. Cependant, plusieurs chercheurs et théologiens ont défendu la thèse d'une rédaction originelle en hébreu ou en araméen.

Jean Carmignac (1914-1986), prêtre catholique et spécialiste des manuscrits de Qumrân : « Je suis convaincu que le texte grec de Marc ne peut pas avoir été rédigé directement en grec, et qu'il n'est en réalité que la traduction grecque d'un original hébreu... »

Hugh J. Schonfield (1901-1988), spécialiste britannique du Nouveau Testament : suggère l'origine hébraïque ou araméenne de Matthieu, Marc, Jean et de l'Apocalypse.

Claude Tresmontant (1925-1997), philosophe et théologien : persuadé que les Évangiles et l'Apocalypse avaient été écrits à l'origine en hébreu. Il affirme que les manuscrits grecs « sont en réalité des traductions littérales, mot à mot, de documents hébreux antérieurs ».

Si ces érudits avaient eu accès aux manuscrits hébreux disponibles aujourd'hui, ils auraient sûrement été émerveillés par les nouvelles perspectives offertes par ces textes.

AUTHENTICITÉ D'UN MANUSCRIT HÉBREU

Trois critères pour déterminer l'authenticité

De toute évidence, nous ne pouvons pas simplement prendre n'importe quel manuscrit hébreu du Nouveau Testament, aussi intéressant ou exotique soit-il, et prétendre qu'il s'agit d'une copie de la version originelle. Une enquête approfondie est nécessaire pour nous assurer de l'authenticité du manuscrit. Qu'est-ce qu'un manuscrit authentique du Nouveau Testament en hébreu ?

1

Origine linguistique unique

Ne peut pas être dérivé des versions grecque, latine ou araméenne. Doit se distinguer par sa singularité.

2

Caractéristiques linguistiques

Jeux de mots en hébreu, répétition de mots-clés, omission d'objets directs, sujets implicites.

3

Intégrité doctrinale

Ne doit pas contredire le Tanakh ni nier que Yéshoua est le Messie.

En appliquant ces trois tests, nous pouvons évaluer l'authenticité des manuscrits du Nouveau Testament en hébreu et ainsi identifier ceux qui sont véritablement originaux.

LA SHEM TOV

Le texte hébreu de Matthieu le plus connu

La majorité des érudits s'accordent à dire que l'Évangile de Matthieu a été initialement écrit en hébreu. Cette affirmation est également soutenue par les pères de l'Église. Les études linguistiques récentes des textes hébreux de Matthieu ont fourni de nombreuses preuves supplémentaires de l'origine hébraïque de cet Évangile.

Jusqu'à présent, le texte hébreu de Matthieu le plus connu était la version de Shem Tov qui a fait l'objet de nombreuses études au cours des dernières décennies. Cette version comporte de nombreux hébraïsmes, des jeux de mots et des expressions en hébreu, ainsi que des mots-clés hébreux qui relient les différentes sections entre elles. Elle résout plusieurs contradictions présentes dans le texte grec de Matthieu.

Shem Tov — Problème majeur

La version Shem Tov a été copiée par des individus qui rejetaient Yéshoua en tant que Messie. Bien que les démons appellent Yéshoua le Messie, que Yéshoua lui-même prétende être le Messie, et que Pierre affirme que Yéshoua est le Messie, l'auteur de la Shem Tov n'identifie jamais Yéshoua comme tel. Pas une seule fois.

Il y a quatre passages dans la version grecque de Matthieu où l'auteur stipule explicitement que Yéshoua est le Messie, mais la Shem Tov élimine chacun de ces passages.

Cette version présente également des contradictions insolubles concernant la chronologie de la crucifixion, rendant impossible la démonstration que Yéshoua est resté dans la tombe pendant trois jours et trois nuits.

Vat. Ebr. 100 — Authentique

Le manuscrit Ebr. 100 du Vatican affirme clairement que Yéshoua est le Messie. C'est la première chose que l'on lit en Matthieu 1.1 : Ze Sepher Toledot Mashiah – « Voici le rouleau des générations du Mashiah ».

En lisant le texte hébreu de Matthieu contenu dans le manuscrit Ebr. 100, on constate que celui-ci reconnaît Yéshoua comme le Messie beaucoup plus fréquemment que la version grecque de Matthieu. C'est pourquoi le troisième critère d'authenticité est primordial.

Note : L'expression « voici les générations » (ze sepher toledot) apparaît plusieurs fois dans le livre de la Genèse (Genèse 5.1 ; 6.9 ; 10.1 ; 11.10,27 ; 25.12,19 ; 36.1 ; 37.2).

LE MANUSCRIT VAT. EBR. 100

Un manuscrit qui répond aux trois critères

Le manuscrit Vat. Ebr. 100, utilisé dans la traduction de la Bible des Racines Hébraïques, appartient à une catégorie complètement distincte de celle de la Shem Tov. Ce manuscrit répond non seulement aux trois critères d'authenticité précédemment évoqués et assimile clairement Yéshoua au Messie, mais il déclare ouvertement que Yéshoua est le Fils d'El. Il résout également de nombreuses questions et prétendues contradictions.

Même si le texte du manuscrit Vat. Ebr. 100 semble avoir été conservé en catalan et retraduit en hébreu, il regorge de preuves linguistiques montrant qu'il est impossible que ce texte hébreu dérive du grec, de l'araméen ou de la version latine de Jérôme, comme certains le prétendent.

La version catalane dont le manuscrit Vat. Ebr. 100 est probablement dérivé ne peut donc que provenir d'un manuscrit hébreu authentique. Les Évangiles grecs (traduits plus tard en latin) peuvent très bien provenir de traductions de manuscrits hébreux similaires à celui du Vat. Ebr. 100, mais il est impossible que le Vat. Ebr. 100 provienne du grec ou du latin. Des preuves linguistiques le démontrent très clairement.

Note sur la traduction : En fonction de la technique de traduction employée, l'hébreu peut très bien être conservé dans une autre langue, en conservant sa teneur originelle. La traduction d'Aquila est un exemple de traduction hyper littérale qui a préservé le Tanakh hébreu beaucoup plus efficacement que la Septante. Il en est de même avec le manuscrit Vat. Ebr. 100.

OBJECTIONS

Trois objections principales

Tous ceux qui aiment la Parole sont fascinés par les découvertes présentées dans ces manuscrits et bien que ces traductions aient suscité beaucoup d'enthousiasme, elles ont également rencontré un scepticisme important. Certains se sont même farouchement opposés à notre travail et à ces Évangiles hébreux. Ceux qui nient l'authenticité du manuscrit Ebr. 100 du Vatican mettent généralement en avant trois objections principales.

1 Un seul manuscrit ne peut pas être authentique

Les critiques avancent que, contrairement aux dizaines de milliers de manuscrits grecs du Nouveau Testament, l'existence d'un seul manuscrit hébreu prouve nécessairement sa faible importance. En réalité, cet argument est fallacieux. Il existe bien plus de Bibles en anglais que de manuscrits grecs. Cela ne prouve pas que l'anglais est le texte originel du Nouveau Testament et que le grec en est une traduction secondaire. De même, il y a des millions de Bibles anglaises de l'Ancien Testament, mais seulement des milliers de manuscrits hébreux. Cela prouve-t-il que l'Ancien Testament a été écrit en anglais ? Bien sûr que non ! La popularité d'une traduction ne détermine pas l'originalité d'un texte. Il est logique qu'il y ait moins de copies en hébreu, car il y avait proportionnellement moins de Juifs messianiques au Moyen Âge pour copier le Nouveau Testament hébreu que de chrétiens grecs. Le nombre de manuscrits ne permet pas de déterminer lequel est l'original.

2 Le manuscrit vient de la Bibliothèque du Vatican, il doit donc être falsifié

Certains prétendent que ce manuscrit est une invention du Vatican pour nous tromper. Cette accusation repose sur des soupçons plutôt que sur des preuves. La provenance d'un manuscrit ne devrait pas en déterminer l'authenticité. Une analyse approfondie et des preuves internes sont nécessaires pour évaluer la légitimité d'un texte, indépendamment de son lieu de conservation.

3 La présence de noms catalans prouve son inauthenticité !

Les critiques disent que l'inclusion de noms catalans démontre l'inculture des scribes hébreux et remet en question la fiabilité du manuscrit. Cependant, l'apparition de noms catalans peut simplement refléter l'époque et le lieu de la copie sans nécessairement affecter l'intégrité du texte hébreu original.

Chacune de ces objections peut être réfutée sur la base des preuves internes du manuscrit Ebr. 100. Cependant, cela n'est plus nécessaire, car nous avons désormais accès à plusieurs copies des Évangiles hébreux des Séfarades, ce qui facilite grandement la réfutation de ces objections.

MULTIPLES MANUSCRITS

La tradition textuelle hébraïque attestée

La présence de traditions textuelles hébraïques du Nouveau Testament est désormais attestée par plusieurs manuscrits hébreux :

Vat. Ebr. 100
4 Évangiles (sépharade)
Breslau 233
Marc, Luc, Jean
St Petersburg A 207
Évangiles
NLI 8°751
Évangiles

Par ailleurs, il y a aussi le manuscrit Shem Tov de Matthieu. Les arguments contre l'authenticité des Évangiles hébreux ne tiennent pas compte de la logique et des preuves disponibles. L'argument principal selon lequel le nombre de manuscrits détermine l'originalité est particulièrement fallacieux. Il est crucial d'évaluer les manuscrits sur la base de leur contenu et de leur contexte historique plutôt que sur des préjugés ou des suppositions infondées.

LES MANUSCRITS Oo.1.16 ET Oo.1.32

La découverte de Claudius Buchanan en Inde

En 1806, Claudius Buchanan arrive dans le sud de l'Inde pour une expédition missionnaire. En plus de ses efforts pour atteindre le peuple hindou, Buchanan souhaite également apporter l'Évangile aux Juifs d'Inde. À son arrivée, Buchanan découvre une importante population juive dans la région et deux synagogues. Buchanan écrit : « Depuis que je suis arrivé parmi ces gens, j'ai beaucoup réfléchi à l'Évangile et à la possibilité d'obtenir une version du Nouveau Testament en hébreu afin de la faire circuler parmi les Juifs et leurs frères de l'Est ». Il apprend avec surprise que les Juifs de Cochin possèdent déjà l'intégralité du Nouveau Testament en hébreu.

Il est important de noter que ce Nouveau Testament en hébreu a été compilé à partir de divers textes sources. Par exemple, les Évangiles ont été traduits à partir du syriaque, tandis que l'épître aux Hébreux n'était pas une nouvelle traduction, mais une simple copie d'un livre imprimé plus ancien. En revanche, les manuscrits hébreux de l'Apocalypse, ainsi que des épîtres de Jacques et Jude, ne provenaient pas de traductions de sources connues.

Ms Oo.1.16

Première partie : Actes jusqu'à Éphésiens (script semi-cursif). Deuxième partie : Apocalypse (5 folios, petite écriture cursive).

Ms Oo.1.32

Écrit par deux scribes ou plus, contient presque tous les livres du Nouveau Testament (de Matthieu à Jude).

Plusieurs notes en hébreu d'anciens lecteurs apparaissent tout au long des manuscrits. La plupart de ces notes sont neutres ou négatives, mais elles comportent malgré tout quelques commentaires positifs. Il est également important de souligner que les scribes qui ont copié les manuscrits hébreux du Nouveau Testament de Cochin n'ont pas supprimé les passages où les auteurs originaux faisaient référence à Yéshoua en tant que Messie.

PREUVES D'AUTHENTICITÉ

L'Apocalypse, Jacques et Jude des cas uniques

Des preuves inhérentes au texte montrent que les livres de ces deux manuscrits ne proviennent pas tous de la même source. La plupart des livres contenus dans les Ms Oo.1.16 et Oo.1.32 ne contiennent pas les marques d'authenticité attendues de copies fidèles d'originaux hébreux. Au contraire, beaucoup de ces livres ressemblent à la Peshitta araméenne (syriaque). Certains contiennent également des mots araméens (ou de racine araméenne) basés sur la Peshitta, mal traduits en hébreu.

Ce n'est pas le cas des textes hébreux de l'Apocalypse, de Jacques et de Jude. Ces trois manuscrits contiennent de nombreuses différences par rapport aux versions grecques, latines et araméennes. Ils présentent également de nombreuses preuves linguistiques d'authenticité, auxquelles on peut s'attendre de copies authentiques d'originaux hébreux. On note, par exemple :

  • L'omission de sujets et d'objets directs
  • Des jeux de mots particuliers en hébreu
  • L'ordre inversé de certains mots
  • L'emploi de mots-clés en hébreu qui relient les sections entre elles
  • Des différences dans le texte qui indiquent des erreurs de traduction dans la version grecque

Les manuscrits hébreux du livre de l'Apocalypse et des épîtres de Jacques et de Jude ne contiennent pas les nombreux araméismes basés sur la Peshitta que l'on retrouve dans la plupart des autres livres des Ms Oo.1.32 et Oo.1.16. En aucun cas, ils ne peuvent être considérés comme des traductions de versions grecque, latine ou araméenne.

Une seconde copie manuscrite de l'Apocalypse, de Jacques et de Jude en hébreu est préservée dans le manuscrit Gaster Hebrew 1616 à la bibliothèque de l'université de Manchester. Cette copie effectuée directement à partir des Mss Oo.1.32 et Oo.1.16 contient quasiment le même texte que les deux manuscrits précédents.

Pour aller plus loin : Nous vous invitons à consulter les différents volumes de la collection de la Bible des Racines Hébraïques qui comprend les transcriptions des textes hébreux. Les introductions présentent de nombreuses preuves d'authenticité, notamment des correspondances uniques avec les plus anciens manuscrits grecs.

« Examinez toutes choses, retenez ce qui est bon ! »
1 Thessaloniciens 5.21

Notes & Références

1

Jean Carmignac (1914-1986), prêtre catholique français, spécialiste des manuscrits de Qumrân.

2

Hugh Joseph Schonfield (1901-1988), spécialiste britannique du Nouveau Testament.

3

Claude Tresmontant (1925-1997), philosophe et théologien, auteur de "Les Évangiles et le problème de leur origine".

4

Papias, Irénée, Origène, Eusèbe et Jérôme déclarent que l'Évangile de Matthieu a initialement été écrit en hébreu.

5

Voir The Hebrew Gospel of Matthew de George Howard, 1995 : Mercer University Press, pp. 184-190.

6

Manuscrit Vat. Ebr. 100 : http://digi.vatlib.it/view/MSS_Vat.ebr.100/

7

Claudius Buchanan, Christian Researches in Asia, 1811.

8

Photos des manuscrits : HebrewGospels.com/revelation et Hebrewgospels.com/francais/autre-nt/jacques

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